Un refuge Editorial

Un refuge

…mais pas une tour d’ivoire

Les jardins sont autant de territoires sur lesquels les jardiniers règnent en liberté, chacun à son rythme et selon son inspiration. Mais c’est parce qu’ils sont ouverts sur le monde qu’ils ont tant d’importance aujourd’hui, à l’heure des replis de tous ordres..

Que serait un jardin sans les échanges qu’il provoque ? Entre voisins, entre passionnés, entre collectionneurs, entre générations… Bien sûr, chaque jardin est un refuge pour celui où celle qui s’y abrite de la rumeur du quotidien. Mais même si le dialogue se déroule au-delà de ses frontières strictes, que de partage d’informations, de sensations, de sentiments, de fantasmes ou de lubies parfois le jardin génère !
Le jardin ne peut pas être réduit à un commerce, singulièrement en matières de plantes. L’objet de l’achat, qui pourrait laisser le client au simple rôle de consommateur, n’a aucune valeur sans les conseils qui l’accompagnent et qui le transforment en jardinier.
Il est rare de rencontrer des jardiniers accomplis qui n’ont pas tout appris au fil du temps à partir de presque rien, en partant d’une envie, d’une transmission orale et gestuelle, et en se familiarisant peu à peu avec le vivant, avec les exigences d’un sol ou d’un climat. Le jardin n’est pas la tour d’ivoire, cette pièce que l’on aimerait voir isolée dans le coin de l’échiquier. Elle devra pourtant sortir de sa réserve à un moment où un autre pour défendre son roi ou sa reine…

J’ai exprimé dans l’édito du hors-série "Le Jardin au Futur » ce sentiment qu’il fallait rapidement « roquer », c’est à dire sur l’échiquier faire vite bouger la tour dans un échange avec les pièces royales pour les défendre au plus près ou aller au combat. En clair, sortir le jardin de sa réserve. Le jardin, est trop discret, trop loin du bord du terrain où se déroule le jeu de la vie future. Il semble vivre la vie des arbres, si intense mais si muette, si fondamental mais si dispensable lorsqu’il faut dégager le terrain et bétonner.
À l’heure de l’information multiverse, s’il est possible de t’ignorer, on te fait disparaître dans un trou noir. Alors, échec et mat ?
Toujours, le jardin nous montre la voie de la résilience. Est-ce une résistance qui attend son heure ? Nous pouvons le suivre loin des idées reçues, utilisons la manière discrète, l’énergie invisible des floraisons d’hiver et des réveils printaniers, le flux secret de la sève. Il n’est pas facile de s’imaginer sortir du feuillage en levant le poing quand le jardin tranquille invite doucement à l’à-quoi-bonisme. Mais une agit-prop’ loin des indignations un peu désordonnées de la jeunesse, ça nous ferait peut-être pas de mal…
Et si l’on veut sauver nos jardins de l’oubli, il faudra certainement leur donner la parole.

Philippe Loison - 25/02/2020


     

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