Crowdfunding… Editorial

Crowdfunding…

to be or not to be free !

Nous sommes tous des lecteurs, acheteurs de presse. Toutefois, l’organisation de la distribution de la presse en France est unique dans le Monde, et n’est pas toujours connue des lecteurs..

Les journaux et magazines relèvent d’un statut particulier régi par une loi de 1947, la loi Bichet, qui organise une distribution égalitaire de tous les titres de presse vers les marchands de journaux. Cette loi a été édictée après guerre pour garantir dans une période troublée la pluralité de la presse et la liberté d’expression. 

Dans la pratique tout passe par les messageries de presse, qui gèrent le stock des magazines en provenance des éditeurs et assurent leur répartition vers les points de vente selon les instructions qui leur sont données par les éditeurs. 

Il n’y a que deux messageries de presse, dont la principale, Presstalis (ex-NMPP) distribue 75 % de la presse, soit environ 4 000 titres. 

Les éditeurs sont à la fois les propriétaires de la messagerie, via une coopérative dont ils sont adhérents, et clients de cette société, qui assure la perception du produit de la vente des publications, et en restitue la part qui leur revient aux éditeurs, aux dépositaires grossistes et aux marchands de presse, souvent très longtemps après la vente.

Les ventes des journaux sont en effet déterminées par la différence entre le nombre d’exemplaires fournis au point de vente et les invendus, qui sont comptabilisés à la fin de la période de commercialisation d’un numéro au moment de la mise en place du numéro suivant.

A titre d’exemple, nous ne toucherons pas avant février prochain le produit de la vente des exemplaires du n°37 de l’automne 2017 que nos lecteurs ont acheté au numéro dès la fin septembre ou début octobre !

De ce fait, en décidant de retenir 25 % des règlements des éditeurs jusqu’à fin janvier 2018, sous le prétexte d’éviter une éventuelle faillite, Presstalis met des dizaines de journaux et magazines en danger de disparition, parce qu’ils n’ont pas perçu l’argent de leurs ventes passées et ne disposent généralement pas des moyens nécessaires à l’impression des parutions suivantes. 

La plupart des éditeurs indépendants font appel actuellement, comme nous, à la générosité de leurs lecteurs pour sauver leurs publications grâce à l’abonnement. 

Toutefois, un journal, un magazine n’aurait pas de sens à n’être diffusé que par abonnement, car c’est bien la confrontation avec un public régulier ou nouveau dans les rayons des marchands de presse qui permet de faire connaître des idées nouvelles, de sensibiliser l’opinion à une actualité, bref, de jouer un rôle d’information. 

D’autre part, parce que les lecteurs les plus fidèles sont le plus souvent déjà abonnés, cette contribution supplémentaire n’est sans doute pas suffisante pour consolider les finances de la plupart des entreprises, tandis qu’elle concurrence l’activité déjà difficile des marchands de journaux, qui verront là des ventes leur échapper.

Nous envisageons donc, comme certaine startups ou sites web, de recourir à un véritable financement participatif (crowdfunding) pour passer les six prochains mois à l’abri des soubresauts de la distribution, et en attendant qu’un système pérenne et enfin assaini voit le jour.

Nous aimerions avoir votre avis à ce sujet : 

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Envoyez-nous un message à artdesjardins@arxismedia.com

Philippe Loison - 10-01-18