Fais moi un jardin News

Fais moi un jardin

dans le silence des graines

À situation inédite, chronique inédite… alors que le numéro de printemps est en capacité d’atteindre ses destinataires de manière plus ou moins certaine, il est plus que jamais temps de cultiver notre jardin.

Dans notre petit bout de terre normande, cette semaine serait exceptionnelle même si les circonstances n’imposaient cet état de guerre pesant contre un ennemi invisible.

En effet, après plus de cinq mois de pluies quasi quotidiennes, de tempêtes à répétition, d’averses diluviennes, cette semaine de printemps nous offre enfin quelques journées splendidement ensoleillées, et sans eau. Pour qui habite une région moins arrosée et ne voit nos contrées littorales que sous les nuages dessinés des cartes météo, on pourrait croire que j’exagère. Mais ayant rabattu, de quelques bons quarante centimètres, une longue charmille en février dernier, il m’a fallu cette année attendre plus d’un mois et m’y reprendre à quatre reprises entre les averses pour transformer les tailles en hâchis de bois frais, enfin répartis sur les massifs.

Confinés donc, nous sommes, mais on sort enfin au jardin avec l’espoir d’y faire quelque chose d’un peu prolongé au-delà des quelques minutes volées à la pluie et au vent durant l’hiver. Inévitablement, mardi grand soleil, donc concert de tondeuses dans tout le quartier, et j’ai apporté moi-même ma contribution au concert de décibels hier avec les gars du voisinage. Tondeuses mais aussi les inévitables compléments des jardiniers du dimanche, coupeurs de bordure, débroussailleuses en tout genre, le tout dans une cacophonie de moteurs thermiques, dont on se demande quel lobby permet encore leur usage domestique. Avantage de ce coup de soleil inédit : en deux jours, tout le gazon est rasé dans le quartier, et le calme revient enfin… jusqu’à la semaine prochaine. Malgré les interdits, les conversations survolent les haies et il faut dire que la remarque d’un voisin à un autre – « Il faut bien s’occuper ! » – casse un peu le moral. Voilà ce qu’il reste de quarante ans de système D et de conseils de jardinage conçus autour des outils : une corvée qui occupe le temps sans objet, un pis-aller pour laisser passer les jours sans fin, et du bruit pour avoir l’impression d’exister…
Nous allons profiter du silence retrouvé pour retrouver nos vraies obsessions de jardiniers. Faire le jardin. Tout simplement, et sans agitation trépidante.
Dans l'immédiat : un rapide nettoyage massif par massif, de la parcelle au territoire.

Corvée ? Mon petit massif d’aromatiques à la japonaise (une lubie !) a retrouvé en quelques minutes sa fraîcheur, avec le plaisir de voir sous les touffes de myosotis arrachées l’estragon, la ciboulette qui pointent déjà.
Corvée ? Le désherbage permet de faire le bilan des troupes adverses, et de réviser ses adventices. Tiens, l’oxalis gagne du terrain partout où le sol est resté tassé, notamment sous les poirées que l’on récolte encore mais qui montent à graines ; le plantin se fait plus rare. Un peu dans l’ombre des rosiers qui bordent le potager, bien planquée à l’abri sur un sol tassé par la pluie, une myriade de jeunes plants de digitale s’est installé, vite prélevé dans la terre fraîche pour servir de surprise ailleurs. 
Corvée ? Trois heures à retirer tranquillement le gaillet gratteron qui court déjà, les touffes de paturin, la cardamine, le chiendent qui déborde des allées et voilà vingt mètres carrés de terre potagère en train de ressuyer, qui n’attendent plus qu’un passage de grelinette pour accuellir le petit pois et les échalottes.

Oui, je garde un régime de semis et plantations de printemps malgré le climat doux de cette région sans gel extrême pour tous ces légumes qu'il est possible installer à l’automne, une pratique répandue ailleurs dans le sud. Parce que ces anciens sols de prairie se couvrent de mouron, de véronique de Perse ou de paturin en hiver dont les touffes finissent par étouffer toute culture sous les averses constantes. Sans compter la permanence des limaces et des escargots qui ne laisseraient pas un pois vaillant. Je ne suis sans doute pas encore assez normand pour aimer désherber en plein hiver dans le froid et sous la pluie…

Comme chaque année, différente, celle-ci révèle au jardin son lot de surprises, dont l’avance certaine de la végétation qui signe sans doute la vraie fin de l’hiver.
Profitons-en.

Philippe Loison - 18/03/2020


     

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